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Fusillé pour rien

Durant des recherches sur les soldats fusillés durant la Première Guerre Mondiale, le cas d’un de ces hommes a attiré mon attention.


Jean-Baptiste Eugène BOURET naît à Dijon le 6 septembre 1887. Il est le second des trois fils de la famille. Après avoir grandi à Dijon, seule ville qu’il connaît, il part faire ses classes au sein du 1er régiment d’artillerie à Bourges, et fini par être nommé premier canonnier servant le 20 juillet 1910. À son retour, il épouse Eugénie Baudot le 7 septembre 1912 avec qui il aura un fils, Abel, toujours à Dijon. La vie continue en s’occupant de ses vignes, dans cette région de la Bourgogne réputée pour son vin.


Puis éclate la guerre, et vient la mobilisation générale le 2 août 1914. Il est rappelé le lendemain et dirigé vers la 22e batterie du 48e régiment d’artillerie de campagne, cantonné à Dijon. Son régiment est embarqué le 6 pour être déployé en Alsace. Le baptême du feu pour ces hommes intervient le 20 août, lorsqu’ils soutiennent l’attaque de la 15e division d’infanterie. Durant plusieurs jours, le régiment protège la retraite des troupes d’infanterie, dont l’offensive a échoué. Le régiment subi les tirs de l’artillerie longue portée allemande et commence à avoir de sérieuses pertes. C’est dans ce contexte de début de guerre que le destin d’Eugène va basculer.


Il est arrêté le 3 septembre par un caporal du 30e régiment pour être conduit au commandant du régiment. Il a été trouvé attendant dans une ferme que son régiment redescende de la ligne de front. Il est enfermé en attendant de passer devant le conseil de guerre, ce qui arrive le 7 septembre. Il est jugé pour abandon de poste en présence de l’ennemi et est condamné à mort le jour même, malgré la présence d’un bulletin de blessure signée par un médecin. Le conseil à jugé qu’aucune blessure apparente n’avait été constatée, et qu’il n’avait pas de circonstance atténuante. La rapidité avec laquelle a été appliquée la sentence est extraordinaire puisque le même jour à 10h30, il est fusillé.


La réalité des évènements est tout autre puisqu’aucun témoin des faits n’a été entendu, et c’est pour cela qu’un conseil de révision est réuni en 1916. Et tous les témoins sont unanimes sur le déroulement des faits.


Le 29 août vers 11h, alors qu’il est en position à sa batterie au col d’Anozel, un obus allemand tombe sur le caisson de sa pièce. L’explosion l’envoie trois mètres plus loin. Lorsqu’il se relève, ses camarades ne voient aucune blessure mis à part qu’il saigne du nez et des oreilles. Il parti ensuite se réfugier avec quelques hommes dans une ferme située à une cinquantaine de mètres. C’est à ce moment-là que ses camarades s’aperçoivent de son état réel. Les saignements dont il souffre sont les symptômes d’une sévère commotion cérébrale qui lui a fait perdre la raison. Tous les hommes le voient jouer avec une souricière, puis tremper sa capote dans une fontaine en disant qu’il veut la faire sécher, le tout sous les obus qui continuent de tomber tout autour d’eux. Lorsque son officier lui parle, il ne lui répond qu’avec des sons « hum, hum ». Il est ensuite pris en charge par des brancardiers de chasseurs alpins. Nous ne savons pas ce qui se passe ensuite car les registres de certaines unités ont été détruits et les enquêteurs n’ont pas réussi à retrouver par quelle unité il a été soigné. Toujours est-il qu’il est retrouvé dans une ferme disant que, ne voulant pas manquer le passage de son unité, il attend son retour.


Le Capitaine Moreau, qui a pris le commandement de l’unité d’Eugène quelques jours après ces faits, s’indigne de son traitement après la réception d’une lettre lui annonçant la condamnation et exécution d’Eugène. Voici quelques extraits :

« J’ai été profondément ému de cette nouvelle et, si le fait est exact, nous nous trouvons certainement en face d’une lamentable erreur judiciaire, car, quels que soient les actes qui aient pu motiver la comparution de Bouret devant un conseil de guerre celui-ci était entièrement irresponsable. »

« Il semble extraordinaire que ce canonnier ait été condamné et exécuté sans aucune déposition d’officier, sous-officier ou homme de troupe du corps auquel il appartient. Les officiers et sous-officiers et ses camarades de la 22e batterie sont prêts à faire les dépositions nécessaires pour sa réhabilitation. »


Ces nombreux témoignages ont porté leurs fruits puisqu’Eugène a bien été réhabilité et a été déclaré mort pour la France. Un moindre mal pour une erreur judiciaire qui lui aura couté la vie, ainsi qu’à tant d’autres hommes utilisés comme de la chair à canon par des officiers orgueilleux qui se tenaient éloignés des combats dans lesquels leurs hommes mouraient.

Nouveau nom à Morton (86)

Après avoir effectué des recherches sur les hommes de Morton décédés lors de la Première Guerre Mondiale, je me suis aperçu que le nom d’un homme manquait sur le Monument aux morts. En effet, étant dé

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